Moments rares (hommage à Maurice Nadeau)

novalisquinzaine

C’est grâce à Jean Lacoste que j’ai commencé à écrire pour la Quinzaine littéraire en 2000 (premier article sur Novalis). Journal dont le fondateur me fascinait depuis mes années d’études, que j’avais pu écouter un jour à la librairie José Corti où il présentait son livre Grâces leur soient rendues qui venait de paraître. Je vivais alors en Allemagne. Les premiers temps, je regardais ce qui m’intéressait dans la bibliographie de la Quinzaine et proposais mes services à Anne Sarraute. Par la suite, c’est elle qui m’appela pour me proposer des compte-rendus. Pendant plusieurs années, trop intimidé, je n’ai pas osé prendre contact ni rencontrer Maurice Nadeau. Je lisais les livres qu’on m’envoyait, écrivais mon compte-rendu, le communiquais à Anne Sarraute, il était publié, ça me faisait plaisir. C’est seulement en 2006 que, lors d’un passage à Paris, j’ai osé sonner à la porte de la Quinzaine. Chaleureux accueil, moment amical, un mot gentil de Maurice Nadeau sur mes papiers. Deux ou trois rencontres ont suivi au fil des ans, avec toujours le trac avant, puis finalement le bonheur d’être à ses côtés. En mai 2011, pour son centenaire, deux heures émouvantes chez lui, rue Malebranche, avec ma femme Rosario avec qui il parla du Mexique de Trotsky. La surprise du tutoiement, naturel pour lui. Son humour, sa vitalité. Combien de livres ai-je lu grâce à lui, combien d’auteurs contemporains de langue allemande m’a-t-il fait découvrir ! En treize ans, des dizaines. Et année après année, en le lisant, en l’écoutant, mon rapport à la littérature devenu plus intense, plus mystérieux aussi, par cet effort de lecture et d’écriture « en sa compagnie » (car même loin il était présent, et il restera présent). Je lui dois tant. Mais c’est lui qui vous remerciait, et de quelle façon, comme l’an dernier après avoir lu mon article sur Christa Wolf que je venais de lui envoyer au moment où il finissait justement de lire Ville des anges, vaste interrogation sur l’histoire du vingtième siècle. Juste quelques mots dans un message, pour exprimer généreusement une convergence à la fois littéraire et politique entre un homme de son expérience et moi qui en avais beaucoup, beaucoup moins. On collaborait aussi à la Quinzaine pour ces moments rares avec Maurice, qu’on garde au fond du cœur.

Laurent Margantin

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