Quand je pense à Rimbaud, je rigole (Blaise Cendrars)

cendrars

Quand je pense à Rimbaud, je rigole et c’est à mon tour de vous dire merde !, ô mes frères, les poètes, de Claudel à Aragon, vous qui avez si mal traité l’enfant de génie qu’était Arthur que vous avez fait un “cas” de sa personnalité et de son génie un “problème” comme si vous reluquiez encore du côté des grands pontifes de l’Université et comme si vous trembliez toujours sous la férule des pions pour obtenir une bonne note ou décrocher un diplôme d’intelligence, et, en voulant relire vos livres, je me suis mis à rigoler de plus en plus fort car que restera-t-il l’an prochain de vos déclarations et de vos imprimés ? pas plus que des feuilles que vous avez remplies et dûment souscrites pour le fisc ! Mais où sont vos revenus d’antan ?… Vous continuerez à payer la dîme sur des signes extérieurs de richesse qui n’en sont pas, par pure vanité et comme si vous écriviez pour ces gens-là. Et la poésie, mes amis ? Elle se fiche de vous et Rimbaud s’est tu. C’est bien le seul tort qu’il ait eu et le seul reproche que je lui fasse. Un homme fort oublie son passé. Il aurait dû revenir, se taire encore ou se remettre à écrire, mais alors tout autre chose. Qu’auriez-vous fait, vous, sinon le vide et le silence autour de lui ? Sa seule présence vous aurait épouvantés.

Extrait de : Sous le signe de François Villon (Oeuvres autobiographiques complètes, I)

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